Souffles I

(English below)


Les techniques et technologies que nous concevons, transformons, utilisons sont notre conscience sociale, politique, éthique, temporelle... du monde. L'écriture est la première technique d'enregistrement, de conservation, de transmission, de conception du savoir; l'oralité, le tout premier moyen de transmission et d'exécution de codes (symboles, rituels magiques, chants, contes et récits, poésie orale...).

Souffles I

Bifurcations des langages dans le temps et l'espace des codes

Ce travail provient de mon questionnement au sujet des langages. J'interroge le langage avec les langages, avec les formes les plus actuelles et les plus anciennes du langage : souffle, mots, écriture, caractères typographiques, codes, programmes...
Je conçois avec tout cela une machine naïve à produire du texte, du signe, du signal. C'est un palimpseste de multiples possibilités, une saturation, un maximalisme.
Un palimpseste est à l'origine un parchemin gratté, frotté, dont les écritures ont été nettoyées à la pierre ponce pour pouvoir être à nouveau réutilisé, parce que le parchemin pouvait être une matière rare, difficile ou longue à fabriquer, coûteuse. Par extension du terme, palimpseste signifie la réécriture, avec l'idée de fusion, de reconstruction plus ou moins entière à partir de l'écriture précédente. Ce terme peut être utilisé également dans d'autres domaines : visuel, biologie...
J'utilise la métaphore du palimpseste, non pas pour une recherche de l'origine, de filiation, d'appartenance, mais dans le sens du déni de l'origine, en détournant plusieurs protocoles d'écritures pour les amener à jouer ensemble.

Aucun élément sonore ou visuel n'est enregistré au préalable. L'ensemble de la pièce est jouée en temps réel suivant une partition simple en trois actes.

Acte I, III.

Un texte, découpé en bandes est déposé sous la caméra, de haut en bas et forme un premier feuillet vidéo. Je fige le flot des images puis retire les bandes de papier. Une trace visuelle du texte reste visible. Je réitère la même opération avec les bandes de texte suivantes. Le texte précédent tend à perdre de sa lisibilité tandis que les mots du second feuillet se superposent aux premiers. Je fige à nouveau une image de ce feuillet et prépare lentement l'espace à recevoir les dernières bandes. Pour ce troisième feuillet, le texte n'est plus lisible.

Acte II.

Chaque caractère typographique est généré aléatoirement. L'attaque sonore (le souffle) est détectée et produit un nombre ré-interprété en fonction de sa valeur numérique pour produire le signe typographique. Ce processus est reproduit à différents niveaux et utilisé pour caractériser des valeurs de positions, d'orientation, de taille et d'échelle sur les axes xyz.
C'est encore avec le souffle, que j'utilise dès le début pour provoquer une acoustique proche des bruits ambiants que nous percevons quotidiennement, que je joue dans ce second acte, souffle que je perds et retrouve, transfiguré dans un corps à corps avec la machine, une déstabilisation, fragmentation, rupture, insémination croisée du souffle avec l'écrit.

Durée approximative : 15 à 20 mn

Plan de mise en place

PRESENTATIONS

/tmp/lab | Vitry-sur-Seine | 29.06.2009
Images | 1 | 2 | 3 | 4 | video 1 | 2 vidéo Ogg Theora (130,9 Mio)
Groupe de recherche HYPERTEXTE | Réunion mensuelle | 25.06.2009
Images | 1 | 2 | 3 Crédits photographiques : Luc Dall'Armellina
La Générale en Manufacture | Sèvres | 19.06.2009
Images | 1 | 2 | 3 | Video

LE TEXTE

... Ce n'est qu'une question de peau, de peau tendue, de peau qui se tend et qui sent, qui vibre, une peau de tambour qui vibre des mots découpés et des sons, une peau d'air et de durée qui vibre avec la réalité intime du monde, avec des fragments de cette réalité découpée et des souffles, des images accordées aux sens, des mots, des lettres en alliance avec quelque chose qui n'existe pas, un monde de calcul et d'impulsions électriques...
Les impulsions électriques justement, c'est ce qu'on sent, c'est ce qui fait que l'on sent, que l'on touche, c'est ça à travers la peau, c'est ce qui rend fou aussi.
Je me moque des récits, souvent ils n'ont pas de sens, se cachent dans les limbes de la domination, je ne souhaite pas être dans la domination de quoi que ce soit...
C'est de sentir le glissement, sur la pensée... d'un fragment de la langue, une lettre, un souffle... Et c'est le résidu de tout cela qui importe, quel qu'il puisse être, sans jugement de valeur, sans jugement de la concordance entre des éléments séparés les uns des autres. Et je veux aller encore plus loin dans ce sens... Et le calcul numérique est exactement cette peau tendue sur la mienne!

TRAVAUX RELATIFS :

Décembre 2008 : éêËhu jaune | étape de travail @ Les PIXELS Transversaux | VisionSonic13
Juin 2008 : Quelques définitions d'un projet qui se construit et émerge... | Voyage sur la ligne d'horizon
Mai 2008 : Sensitive poetry | Amsterdam (Nl) | Dispositif interactif installé dans l'espace public
Avril 2008 : Décomposition typographique | recherches typographiques faite à partir d'un patch puredata + Gem
Février 2008 : etitPs ruitBs | Paris @ TinyNoise Festival | première création d'un patch réactif à la voix et utilisation du souffle + magnétophone et K7 enregistrées

(English version)


Our social, political, ethical and temporal knowledge of the world come through technics and technologies which we design, transform and use every day. The first technic of recording is writing, that is to say writing keeps, passes on and designs knowledge through time and space; the very primary way of passing on and running code (symbols, magics rituals, songs, tales and stories, oral poetries) is the oral expression.

Souffles I

In forks of codes, time and space

This work comes from my interest in languages but not in the classic way. I probe into languages with the very newest and oldest form of languages: breath, words, writings, typographic letters and code programming. With that background, I design a naive machine to produce text, sign and signal. It's a palimpsest of multiple possibilities, a saturation, a maximalism. Originally, a palimpsest is a parchment which had been scratch out or erased with a pumice stone. In this manner, it could be reused several times for new writings, “rewritable”. Parchment was a very difficult material to produce, rare or long to fabricate, then, very expensive time and money wise. By extending the meaning, palimpsest refers to rewriting with an idea of fusion, rebuilding more or less whole primary writings. So, this term could be used in other areas : visual domain (painting, drawing and so on), biology... I use the metaphor of palimpsest neither to go in search of origins nor on primary filiation but in this way, to bend severals protocols of writing to link them to each other.

No piece of sound or movie is preliminary recorded on the computer. The whole piece is playing in real time and follows one simple partition divided in three parts.

Part I, III.

Some little stripes of printed paper (the text) are put under the camera, top-to-bottom. Then, I freeze the moving picture stream and I remove the stripes. In that way, the text appears on the screen, in front of my hand (n. b.: I use the alpha channel; we can see, in the background, my hands, which are covered by the text, taking off the stripes one by one). Then, I repeat the same operation with the next stripes and one more again (three time).
At the end of these two parts (first and last) the text is not now readable, on the screen.

Part II.

Each typographic character is computed by a random process. The detected attacks in the amplitude envelope give a number which represents an element in the “typographic space” (a letter or punctuation marks). Basically, several others values are outputted such that approach at different levels. These numbers are used to specified positions, orientations, sizes, and scales of characters on the xyz axes.
At last, it's with my breath again that I play this second part. At the beginning of the performance I use the breath to make some really simples sounds, such as we can hear at any time, every where (machine noises, whirrs). In this middle part, sounds have disappeared and I had to catch them and catch them again like a fight with the machine. This work is a crossroads between breath, writings and images.

Time: 15 – 20 mn

Thanks to M. & D. Anderson for help