Un écho se perd au fin fond d'un réseau; aile inerte d'un graphe mort. Un embranchement ou plutôt un moyeu (hub) vide. Son nom est transmis en temps réel; l'image : celle d'une chambre vide, volets fermés avec des bruits d'autoroutes, de circulations et d'océan. Une autre pièce, je fuis en temps différé = retard(1), accélération ensuite, subite; ailleurs un orage éclate sans retentissement, l'émetteur est au format image + espace, lancé vers le ciel = satellite artificiel => juste pour l'artifice. On sait que c'est loin d'ici, que c'est un lieu inaccessible, un lieu calculé au hasard, stochastique / chaotique. Mais une forme en émerge malgré tout(2), celle d'un paysage urbain, de grands immeubles blancs, des tours d'habitations aux fenêtres transparentes, et un fleuve. C'est sur la rive droite du fleuve que l'on apercevra l'horizon, l'image, les retards dans la transmission et le point de liaison du noeud. Editing new entry.
Fenêtre ouverte. Écoute de la pluie sur le bitume, nuages sombres et la lumière ralentie, un coup de klaxon s'étiole vers le minuscule. La durée est exiguë et sonore et pourtant invente en permanence de nouvelles formes d'existences et de nouvelles formes d'espace.
Je(3) crie l'espace. Mais l'espace reste silencieux, ne renvoie rien des perturbations moléculaires égrainées par mon cri. Je crie parce que je suis dans le minuscule, dans l'espace exiguë et resserré, je crie parce que la durée me laisse au fin fond dans la chambre dédoublée entre ciel et l'image de ciel. Le moteur d'un deux roue démarre(4), je suis charriée par le tonnerre et le reflux des données transmises. Partie perdue, musique et indomptable esprit, une fin d'après-midi sans avoir commencée. La fenêtre est rectangulaire et la claire lumière du jour la traverse. Un jour qui se presse en une forme nouvelle, l'extension d'un fichier exécutable.
Un ventilateur dans un appartement n'est vrai que parce que j'ai cliqué sur un lien ou sur l'icône "Recharger la page". Le ventilateur s'essouffle. La nuit se creuse imperceptiblement. Bruissements des moteurs; je cherche à actualiser quelque chose de perdu, une page qui n'existe plus ERROR 404. Ce que je voulais, c'est une profusion d'images en même temps parce que simplement je voulais calculer toutes les images possibles dans le champ couleur 255 0 0.
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Break(5).
(1) "Notre conscience n'est d'ailleurs jamais l'écho de notre propre réalité, d'une existence en «temps réel», mais l'écho en temps différé, l'écran de dispersion du sujet et de son identité [...]" Jean Baudrillard, La pensée radicale p.5, Ed. sens&tonka 2001
(2) Des cages de verre, cubes transparent ou coquilles. C'est quelque chose d'inattendu; les cubes de verre, des fenêtres qu'on aperçoit par transparence, les murs, barreaux blancs.
(3) [je] : [je] devient instance, masse, identité multipliée par espaces, identités calculées par les noeuds, moyeux, bifurcations, connexions. [je] divisible à l'infini, dividuel. Alors, parole, significations, bruits des lèvres dans un silence inventé de toutes pièces.
(4) Enregistrements supplémentaires : eau (rivière, flux et reflux des vagues sur les rochers, ressac etc.), moteurs (véhicules, machines outils, trains etc.), voix (paroles, enregistrements dans les cafés/bar/restaurants ou autres lieux)...
(5) "L'exigence de la pensée est double et contradictoire. Elle n'est pas d'analyser le monde pour en extraire une vérité improbable. Elle n'est pas de s'adapter dialectiquement aux faits, et d'en abstraire quelque construction logique. Elle est plus subtile que cela, plus perverse. Elle est de mettre en place une forme, une matrice d'illusion et de désillusion, un attracteur étrange, que la réalité séduite vienne spontanément alimenter, et qui donc se vérifie d'elle-même, implacablement (il faut seulement de temps en temps faire bouger un peu l'objectif). Car la réalité ne demande qu'à se soumettre aux hypothèses, elle les vérifie toutes, c'est là d'ailleurs sa ruse et sa vengeance. L'idéal théorique serait de mettre en place des propositions telles qu'elles puissent être, qu'elles se doivent d'être démenties par la réalité, telles que la réalité n'ait d'autre issue, en désespoir de cause, que de s'y opposer violemment, et par là de se démasquer. Car la réalité est une illusion et toute pensée doit chercher d'abord à la démasquer. Pour cela, elle-même doit s'avancer masquée et se constituer comme leurre, sans égard à sa propre vérité. Elle doit mettre son orgueil à ne pas être un instrument d'analyse, un instrument critique, car c'est le monde qui doit s'analyser lui-même. C'est le monde lui-même qui doit se révéler non comme vérité, mais comme illusion." Jean Baudrillard, La pensée radicale p.14-15, Ed. sens&tonka, 2001