Février 2010 Archives

samedi 27 février 2010, 05:16:32 (UTC+0100)

"Babil" @ PIXELS Transversaux

"Babil" @ Les PIXELS Transversaux

Babil - vidéo

Le plus simplement possible, qu'est-ce qui traine encore, qu'est-ce qui reste...
Écrire le plus sincèrement possible sans oublier également les textes et fragments déposés, perdus, les mails écrits, qui restent sans réponses; ça agace parfois mais c'est une autre manière d'être, une autre manière de penser.
Ce sont des croisements, des frottements ahurissants, qui nous hérissent, hésitants, des grincements.

Je sais bien que le corps n'est pas une machine; mais je pense à lui, à ses articulations et désarticulations comme s'il s'agissait de charnières. Je pense à ses jointures et dé-jointures; ceci, aussi bien au niveau des pliures physiques, que des plis et re-plis intérieurs, des froissements, frottements des membranes les unes contre les autres. Articulation et désarticulation des mots, du langage, de la pensée, des sons verbaux, non-verbaux...
Charnières et pliures des expressions! Absences de discours...
Le mouvement est une participation, c'est participer à l'articulation des différentes choses entre elles --de soi et des autres choses, de soi et de l'espace autour. C'est articuler et désarticuler. Articuler, c'est faire entendre ou faire voir, chercher à travers un déplacement, aussi bien sémantique que spatial, une résonance au creux de soi --et faire que ça résonne plus loin que soi, quelque chose qui frémi et qui chante, quelque chose qui gesticule d'in-(dé)finitif (1)
La résonance est éphémère en tant que phénomène mais durable en tant que trace.
Si j'articule, je sais que que peux désarticuler aussi, dé-assembler et déconstruire et entendre autre chose.
Le corps se désarticule dans un espace oublié, sans aimantation (amant-ation). Seul, loin.

Le langage se trouve aux creux des articulations , dans les charnières du corps, là où ça plie, là où ça s'étend et se détend. Le langage est à l'intérieur des os, là où ça ne parle pas, là où rien n'entend, là où il n'y a ni oreille, ni bouche, ni souffle...

Si je touche quelque chose et si on me touche, je vibre et je pleure parce que suis fragile et je craque, je grince incroyablement. Mais qu'est-ce qui a été touché? Qu'est-ce qu'on touche avec les doigts, qu'est-ce qu'on touche avec des paroles, qu'est-ce qu'on peut toucher avec du sens (qui ne peut être dessiner avec des concepts immédiatement, d'emblée, mais qui demeure, là, tapis comme un animal).
C'est tous les muscles du corps qui résonnent de ce sens là, les fibres des muscles et les nerfs; le langage est là, au fond des ligaments, dans les jointures et dis-jointures du corps, caché.
D'où vient le verbe toucher? Est-il juste de l'employer maintenant quand il s'agit de mots, de phrases, de questions qui font sens quelque part, mais où?
Un sens que je ne peux percer, un sens qui échappe complètement à ma raison. Un escarpement, (escape) échappement ou écart est posé si au fond maintenant.
Quelque chose m'a toucher, mais quoi? Je ne sais plus non plus; où, quel point, quelle part, quel endroit, quel intime tout simplement, a été percé, tranché, retourné, détourné, démantelé?
Que se passe t-il? De quelle faille, de quelle fragilité s'agit-il?





Je pense que je ne vexerai pas Judith Kan, ma partenaire de travail sur ce projet, si je dis, que parfois la texture sonore qu'elle produit me dérange. Car c'est justement parce que cette texture me dérange que je la désire. Peut-être parce qu'elle me contraint. Parce que c'est avec cette matière sonore je peux m'articuler ou me dé-articuler. C'est aussi une manière de travailler avec ce qui nous questionne en profondeur, dans une zone qui n'est plus de l'ordre du langage, de la pensée explicite.
J'ai eu très récemment une longue conversation par mail avec Annie Abrahams au sujet de la contrainte, en rapport avec la performance Huis Clos / No Exit - Jam, et de manière plus générale dans son travail et sur ce thème.
"Ce n'est que avec des règles que je peux être libre."
Je trouve cette phrase magnifique! Et en même temps... Je la crains?
Je ne sais pas...
Et tout ceci n'a-t-il pas un rapport avec la perte d'identité?

Quelques heures et même durant les deux ou trois journées qui ont suivit la finalisation de ce projet, je replaçais sans chercher à le faire, sans le vouloir, presque inconsciemment la plupart des sons que j'entendais dans la continuité des sons que nous avions produit. Mon environnement sonore quotidien entrait dans le prolongement du travail des jours précédents sur "Babil" à Sèvres.

Maintenant, je dois me laver de tout ceci, retirer cette peau qui reste attachée afin de pouvoir retourner à mes autres activités.

(1) Si j'articule une chose avec une autre chose, je sais que cette position n'est pas définitive mais transitoire; c'est le propre de l'articulation, qui sous-entend le dé-placement.

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vendredi 12 février 2010, 00:02:42 (UTC+0100)

HuisClos No Exit - Jam


HuisClos No Exit - Jam








HuisClos No Exit - Jam (.mp3)
HuisClos No Exit - Jam (final .mov)
(Réactif) - texte préparé pour HuisClos No Exit - Jam et non lu (j'ai préféré laisser toute leur place aux voix de mes partenaires) :
Dessiner le geste qui ne sera pas compris. C'est un langage seulement accessible par impulsions, par axiomes. Oscillations. Pertes des informations relatives à ma position sur les axes X et Y. Point(89, 67); on compte le nombre de pas qui nous sépare du dernier EXIT; ou :q pour sortir.
Sauvegarder s'écrit :w
On passe par le silence d'une machine à la suivante. On diffère une structure en trois dimensions, perception d'un feedback visuel. On passe par le silence puis de crépitement en crépitement.
Des caractères d'écriture se dessinent pixels à pixels -- un goutte à goutte de lumière, de points lumineux qui tombent ou glissent sur des lignes invisibles. C'est l'écriture de la lumière d'un écran, photons, électron ou pixels luminescents. On attend seulement le bon moment. Attendre devant l'écran que quelque chose se passe. La conscience du court circuit imminent, c'est peut-être quelque chose qui va craquer, qui va se fendre, mais on ne pourra pas le voir, on ne pourra qu'à peine en percevoir la boucle récursive; la ligne tracée dans le champ d'un pixel réactif. C'est celui qu'on touche à la pointe, à peine. C'est ce qui nous fait mal. Ce qu'on ne regarde plus, le hasard multiplié par 100 000 données triées, conservées dans un moment du disque dur, sur une clé usb ou un morceau de temps différé. Un compte-goutte à raz-bord, l'espace mémoire réservé qui déborde, le stack overflow. Ça ne marche pas. Ça ne fonctionne pas, ni dans l'humain derrière l'écran, ni dans la fenêtre devant lui. C'est la fragilité du dispositif qui se contracte et je suis aussi ce dispositif. C'est moi le débordement et le flot, le stack, le trop plein, l'absence de sauvegarde et l'upgrade impossible; le fragile et le sensible aussi bien que le processus permanent. C'est moi aussi le fichier effacé : expiring cache data. Faire $NB_BROWSER ou $BROWSER puis quitter.
Je crois qu'il vaut mieux repartir sur autre chose, dans l'autre sens. Ne plus s'occuper des lignes précédentes; c'est pas la peine de chercher à contenir les données. Il vaut peut-être mieux laisser la fuite, la perte pour pouvoir avancer au soleil. Vers la lumière, sur l'angle droit d'un mur blanc cassé, en fin d'après-midi. C'est une image étrange qui se dessine. Une fenêtre qui ne s'ouvre pas, ne se ferme pas; c'est compter le nombre de pixels qui nous sépare.


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